Une sélection de romans libanais de la Médiathèque de Bagnolet.
Depuis plusieurs mois, l'instabilité politique, la crise économique, les soulèvements de la population à Beyrouth et plus récemment, l’explosion d’un stock de nitrate d'ammonium dans la zone portuaire de la capitale ont conduit le Liban sur le devant de la scène internationale.
L’occasion de (re)découvrir la littérature contemporaine de ce pays façonné par une histoire complexe et caractérisé à la fois par le multiculturalisme et par le communautarisme.
La guerre (1975-1990) a levé les interdits et ouvert le champ à la narration ; elle a donné naissance au roman moderne libanais, marqué par une liberté de ton, une crudité contrastant avec la police et le lyrisme du roman « classique ».
De nombreux livres se font le miroir et la mémoire de la guerre : l'immeuble de Mathilde de Hassan Daoud (1998), microcosme de la société libanaise et de ses communautés, Poste restante, Beyrouth ? de Hanan El-Cheikh (1995), où la narratrice fait part de ses doutes et de ses interrogations (faut-il quitter Beyrouth?), Ville à vif de Imane Humaydane-Younes (2004), portrait de quatre femmes qui réagissent différemment face au conflit, et plus récemment Mauvaises herbes de Dima Abdallah (2020), retraçant l'enfance de la narratrice pendant la guerre, l'exil en France, la séparation d'avec son père, colosse aux pieds d'argile et le traumatisme qui s'en est suivi. Sous un angle singulier, La pierre du rire d' Hoda Barakat traite la question de l'homosexualité dans le pays en guerre : qui est l'ennemi ?
Le conflit a également affermi la voix des femmes autrices : Zeina Abirached, en bandes-dessinées, Hoda Barakat, Yasmine Char, Hanan El-Cheikh, Imane Humaydane, Alawyia Sobh, Hyam Yared...ont vécu la guerre dans leur jeunesse ou dans leur enfance, ou ne l'ont mêle pas connu.
Les femmes deviennent aussi les sujets centraux des textes : dans Le cimetière des rêves (2000), recueil de nouvelles de Hanan El-Cheikh, composition des portraits de femmes arabes indépendantes ou dans le Livre des Reines de Joumana Haddad (2019), quatre femmes s'opposent à la fatalité, au Moyen-Orient. Sous la tonnelle de Hyam Yared (2009) rapporte les souvenirs d'une grand-mère décédée ; femme généreuse et frondeuse, veuve très tôt, refusant, pendant le conflit, de quitter sa maison située sur la ligne de démarcation entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest. Plus récemment, Cinquante grammes de paradis d’Imane Humaydane (2017) retrace l’enquête menée par Maya, à partir d’un sac abandonné dans un immeuble en ruine, sur Noura, sa propriétaire, journaliste syrienne amoureuse d’un stambouliote. Cette enquête, marquée par la domination patriarcale et le joug confessionnel, bouleverse la vie de Maya.
Enfin, la rigidité de la société libanaise traditionnelle, du patriarcat et de ses communautés, apparaît en filigrane dans plusieurs romans et fait l'objet d'une critique explicite, par exemple dans Fais voir tes jambes, Leïla, (2006) de Rachid El Daïf, où le fils se fait contempteur de son père, qui prend ses libertés ; ou dans Mariam ou le passé décomposé (2007) d'Alawyia Sobh, retraçant l'histoire d'une famille marquée par la violence de l'oppression masculine.
Ces romans contemporains, pour la plupart écrits en arabe (et en anglais), sont publiés en France par quelques maisons d'édition exploratrices de ce champ littéraire du Moyen-Orient : Actes Sud (collections Mondes arabes), principalement, mais aussi Sabine Wespieser, Gallimard (collection Du monde entier), Verticales, les Escales...
Pour en savoir plus : Table ronde avec Hoda Barakat, Charif Majdalani, Jabbour Douaihy et Elias Khoury, animée par Gérad Meudal au LIFE - Base sous-marine de Saint-Nazaire. 13 novembre 2014.
Les romans libanais disponibles à la médiathèque :